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Militant de longue date d’une écologie humaniste, Michel Barnier est l’auteur des 100 nouvelles mesures en faveur de l’environnement [1990], du Défi écologique [1991] et d’un Atlas des risques majeurs [1992]. Quinze ans après et fort de son expérience internationale [ministre de l’Environnement, délégué aux Affaires européennes, commissaire européen, ministre des Affaires étrangères], il dresse aujourd’hui dans l’Atlas pour un monde durable, le nouveau bilan des risques majeurs et propose les mesures qui permettent encore, si elles sont prises à temps, d’éviter le pire. Il est actuellement ministre de l’Agriculture et de la Pêche.

Convictions & entretien, publié sur son site http://www.atlaspourunmondedurable.fr/ :

Qu’appelle-t-on le développement durable ?

Tout le monde sait que les ressources naturelles comme les espaces naturels ne sont ni gratuites ni inépuisables, il y a de moins en moins de pétrole, il y a de moins en moins d’eau potable, l’air est de plus en plus pollué, les espaces sont consommés par le béton, par le développement, par le transport, donc nous entrons dans un société où l’abondance est terminée. Cette société elle peut être, soit une société de privation, si nous ne prenons pas garde, soit une société de modération. Et c’est vers cette société de modération où l’on décourage le gaspillage et même on le sanctionne, où l’on fait attention à ce que l’on consomme, à la quantité de ce que l’on consomme, qu’il faut se diriger. Le développement durable, c’est ça. C’est un développement, parce qu’il faut vivre, il faut progresser, il faut créer du bonheur collectif, mais en même temps ne pas tirer un chèque en blanc sur les générations futures. Parce que si nous ne faisons pas attention aujourd’hui, il n’y aura pas du tout, ou de moins en moins de ressource pour nos enfants et nos petits enfants. Donc le développement durable, c’est un développement pour aujourd’hui, qui fasse attention à demain.

Vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages sur les mesures à prendre pour sauvegarder l’environnement. Ce sujet vous préoccupe depuis toujours…

Depuis très longtemps et depuis le début de mes engagements publics de jeune citoyen, dans les années 70, j’ai eu la chance d’être l’un des collaborateurs du premier ministre français de l’environnement, notre pays a été les premier pas européen à se doter d’un ministère de l’environnement en 1971, après l’Angleterre, et puis ensuite, à l’assemblée nationale, un peu solitairement, parce que ce n’était pas la mode, cela paraissait comme un sujet marginal, de m’engager comme rapporteur du Ministère de l’environnement qui avait déjà à cette époque un budget très modeste et puis d’essayer d’aller un peu plus loin, de faire un premier rapport que j’avais appeler chacun pour tous, accompagné d’une centaine de propositions concrètes et puis ensuite, au-delà du travail parlementaire, je me suis dit qu’il fallait parler aux gens, expliquer ce que je croyait, ce que je crois toujours, sur ce défi qui est probablement, le plus grave et le plus important pour notre vie quotidienne, et pour notre destin pour tous, et je l’ai accompagné quelques temps plus tard d’un Atlas, déjà des cartes, des images pour illustrer et donner plus de force au discours. Cet engagement-là, je le continue aujourd’hui, et dans toutes les fonctions que j’ai occupées par la suite, par exemple au Ministère des Affaires Etrangères, mon premier discours aux Ambassadeurs de France, ils étaient d’ailleurs assez surpris, le premier objectif, la priorité N° 1 de l’action extérieure de la France sera de lutter contre le réchauffement climatique.

Pourquoi un Atlas ? Le sujet est-il plus facile à appréhender par le biais de la cartographie ?

A coup sûr, une carte, parfois une image, cela vaut mieux qu’un long discours ou qu’un long texte et j’ai toujours pensé, j’avais déjà publié cet Atlas des risques majeurs en 1992 que l’importance, la gravité de ces enjeux écologiques, exigeaient pour être compris, pour mobiliser, d’être expliqués d’une manière pédagogique et simple. Donc il s’agit de dire la vérité des chiffres et des faits, il s’agit de les illustrer et notamment de les illustrer dans leur dimension globale, notre sort ici et partout en France où que nous habitions, dépend de ce que nous pouvons faire individuellement, dans notre commune, dans notre région, de ce que fera notre pays, et les autres pays européens avec lui, mais cela dépend aussi de ce qui se passe dans le reste du monde. On a dit, avec une pensée globale et une action locale, mais pour bien comprendre la pensée globale, il faut avoir une vision globale de la planète. Voilà ce que permet une carte, on voit bien que tout le monde est concerné, que les même enjeux se produisent ou s’aggravent, de manière dépendante les uns des autres, et c’est aussi pourquoi, nous avons privilégié la carte. Une carte proactive, une carte avec des chiffres, avec des faites, avec des commentaires, avec des propositions. Un Atlas pédagogique aussi.

En 144 pages, cet ouvrage permet de faire comprendre les enjeux et donne des propositions précises. Comment avez-vous articulé le sommaire de cet ouvrage ?

Ce sommaire part de ce que sont les droits de chacune et de chacun des citoyens, les droits humains, de manger correctement, le droit de respirer un air pur, de boire de l’eau potable, faute de quoi les maladies infectieuses se développent et se propagent, notamment dans les pays les plus pauvres. Le droit de vivre dignement.
A partir de cette réaffirmation des droits humains, j’ai voulu carte par carte, chapitre par chapitre, expliquer en quoi ces droits étaient aujourd’hui, menacés, mis en cause, sur l’ensemble de la planète, c’est en cela que les cartes sont nécessaires, et actuellement plus gravement encore dans les pays les plus pauvres.
Et sujet par sujet, nous expliquons quels sont ces enjeux, et j’ai voulu aussi, comme je l’avais fait il y a une quinzaine d’années, pour que, en connaissant cette réalité, on ne se panique pas, il s’agit de comprendre, non pas pour s’effrayer, mais pour réagir, pour agir j’ai voulu montrer qu’il n’y avait pas de fatalité et qu’il était encore temps même s’il est tard, il n’est pas trop tard, et donc j’ai accompagné cette explication pédagogique, cette illustration avec des cartes d’un certains nombres de propositions.

Que faut-il faire au plan collectif, national et international, et individuel pour sauver la planète ?

On peut agir individuellement, en consommant moins, en faisant attention aux économies d’énergie, en faisant attention à son propre comportement, à sa propre consommation. Le kilowatt qui coûte le moins cher et qui pollue le moins c’est celui qu’on ne consomme pas et que l’on ne produit pas. Donc il y a des réserves d’économie possible dans notre vie quotidienne. On peut agir pour le traitement des déchets en sélectionnant dans sa commune, ou dans le groupement de commune. On peut agir sur le plan d’un territoire en aménageant correctement ou plutôt en ménageant le territoire. On doit agir au niveau européen, j’ai été commissaire européen, et j’ai bien vu comment la voix de l’Europe était forte, donc la voix de la France parce qu’elle était européenne, et c’est comme cela pour les autres pays, et c’est comme cela que nous avons adopté le protocole de Kyoto y compris par des pays ou qui sont encore réticents.
Donc, si l’on fait un zoom, comme avec une photographie, on voit bien que ces grands enjeux concernent la planète et le plus grand danger est celui de ce réchauffement climatique, de ces 3 ou 5 degrés qu’on va gagner si je puis dire d’ici une centaine d’années, ce sont nos enfants, nos petits-enfants qui sont concernés qui va bouleverser tous nos comportements, nos habitudes de consommer, de produire, de nous déplacer, d’aménager, et donc ; il est temps de réagir, il est possible de réagir dans notre vie quotidienne, dans notre destin de citoyen et au niveau du monde entier notamment par la création d’une organisation mondiale de l’environnement.

Vous vous êtes entouré d’une équipe de spécialistes pour rédiger cet ouvrage…

En bien évidemment, un travail ne peut pas et ne doit pas être un travail solitaire, d’ailleurs on ne peut pas agir solitairement pour cette cause, et donc comme je l’avais fait il y a une quinzaine d’années dans mon premier Atlas des risques majeures, c’est une équipe de spécialistes, des gens qu’on a sollicité, consulté, avec lesquels on a vérifié, quand on parle de d’environnent, de la planète, des grands sujets, de l’eau, de l’air, des ressources naturelles de la biodiversités, du changement climatique, il y a plein de données qui existent, de chiffres et de faits que l’on peut trouver dans les organisations internationales comme les Nations Unies, à Nairobi ou à l’Organisation Mondiale de la Santé. Nous avons rassemblé tout cette masse d’informations, on les a traduites dans des cartes, ça c’est un travail de spécialiste, et puis on a vérifié l’ensemble de ces données avec des écologues, des géographes, des spécialistes de l’ensemble de ces sujets, donc c’est clairement un travail collectif. Je l’avais déjà fait une fois, et c’est ce travail là que je veux porter que je veux expliquer, comme le précédent Atlas, j’avais très clairement décrit les risques des tsunami, nous avions fait ce livre en 1992, et j’avais précisément montré les failles, géologiques et les risques sismiques de l’océan indien et les conséquences les plus graves d’un tsunami pour les pays les plus pauvres. Donc c’est ce même type de travail que j’ai eu la chance d’animer cette fois-ci.

on ne s'en lasse pas !!!

script fictif :
NS : "Et je vous le dis comme je le pense :..."
SR : "Nicolas, j'ai un désir d'avenir !"