La seconde édition de « Paroles d’Européens » s’est tenue à Marseille le 13 juin, à deux semaines de la présidence française de l’Union européenne (PFUE).
Placée sous l’égide du Ministère des affaires étrangères et européennes, cette rencontre a pour but de sensibiliser les citoyens aux enjeux de la présidence du conseil de l’Union Européenne, par le biais d’ateliers thématiques et de débats ouverts, autour de grands experts qui se livrent à un exercice de pédagogie bien utile.
Convié à cet évènement par le cabinet de Jean-Pierre Jouyet, je retrouve l’équipe de l’Atelier Europe, pour une journée singulière. Le résultat du vote irlandais doit en effet tomber en début d’après midi (le compte rendu de ce moment marquant est disponible là ).
Après avoir récupéré la liasse coutumière de docs & programme d’une telle journée, un petit tour en salle de presse, mitoyenne et communiquant avec le salon VIP, bien pratique pour les interviews et prises de contacts (!), je file en plénière d’ouverture au thème digne d’Ikea « Présider l'Europe, mode d'emploi ».
D’entrée de jeu, une ambiance de plomb me frappe, une épée de Damoclès irlandaise planant au dessus de la salle. Kouchner, quelque peu agressif & tendu, expose les grands objectifs de la PFUE - défense européenne, bilan de santé de la Pac, plan énergie-climat, et immigration. Un bon point à son actif : il déplore avec sa liberté de ton habituelle l’absence de la recherche comme grand dossier des six mois à venir, et plaide pour une recherche européenne commune, dont la légitimité est évidente, et serait profitable à tous, dans la médecine entre autres. The French Doctor ne perd pas le nord…
Autre intervenant marquant de cette plénière, Philippe Starck, designer et directeur artistique de la PFUE, qui décrit son identité européenne, vécue dans la pratique professionnelle : il se définit comme à la fois un designer italien, un écologiste scandinave, un directeur artistique français, etc., et rappelle qu’il est perçu par ses clients internationaux comme un expert européen, et ce grâce à ses différents collaborateurs basés sur tout le continent.
L’Europe est selon lui bien plus perçue comme une entité à part entière de l’extérieur, dénotant avec notre perception « intra muros » très pré carré. L’Europe est selon lui une obligation, vis-à-vis du monde extérieur, mais une obligation heureuse à vivre. Discours intéressant, mais qui pourrait s’accompagner de propositions concrètes sur la mobilité professionnelle en Europe…
De son côté, Luis Amado, ministre des Affaires étrangères portugais, émet le souhait que l’Europe soit une force de stabilité dans le monde actuel, et insiste sur le besoin urgent de stabilité institutionnelle, militant implicitement en faveur du Traité de Lisbonne. Certes, mais autant en profiter pour expliquer un peu plus en détail les bienfaits de ce Traité que sûrement peu de personnes dans la salle ont lu…
Plus concrète, Sylvie Goulard répond aux questions du public sur la difficulté de prendre des décisions au niveau de l’Europe en prenant l’image d’une réunion de copropriété…
Par ailleurs, cette fidèle de l’Atelier Europe émet le souhait que les postes issus du Traité (Président du Conseil, Haut Représentant pour les Affaires Etrangères et la sécurité, Président de la Commission) soient pourvus de manière transparente, que les candidatures soient ouvertes, examinées sur critères réels de compétence et non le fait du prince, la France en l’occurrence… Excellente proposition qui n’est pas sans rappeler les auditions à l’américaine, qui arrivent tout doucement (et enfin !) en France.
Kouchner aura le mot de la fin de cette plénière, et souligne l’attente du « monde » à l’égard de l’Europe, enviée pour l’espace de liberté et de droit qu’elle représente. Certes, mais bien que passionné de relations internationales, je ne pense pas que ce soit l’argument le plus éclatant pour avoir « envie » d’Europe pour le grand public, qui ne perçoit des mesures bruxelloises que leur impact dans la vie quotidienne, et qui a aussi besoin de valeurs communes, d’identité européenne sur lesquelles s’appuyer & se définir (voire à transmettre)…
Sans transition, j’enchaîne sur la conférence de presse conjointe de Jean-Pierre Jouyet et Luis Amado.
A l’issue de cette conf presse, j’assiste au 1er forum thématique consacré à « L'Europe peut-elle être le leader mondial de l'Environnement ? ». La députée européenne Françoise Grossetête propose un benchmark pour s’inspirer des modèles environnementaux les plus performants. Et de citer l’urbanisme scandinave qui comprend à la fois des maisons à énergie passive (qui ne consomment pas d’énergie jusqu’à -20°C) et des constructions à énergie active, qui créent de l’énergie.
La députée rappelle le contenu du paquet “Énergie-climat” : « + 20% d’efficacité énergétique, + 20% d’énergies renouvelables, - 20% d’émissions de gaz à effet de serre, 10% de biocarburants. L’Europe a le devoir de sensibiliser les pays réticents. »
En réponse à l’exergue de Françoise Grossetête, Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI), élargit la réflexion au co-développement. L’Europe doit fixer des règles communes au continent en matière d’environnement, par ex. moins polluer. La difficulté qui se pose alors pour l’Europe est d’inciter aux pays en voie de développement ces normes sans que celles-ci cassent leur croissance. Le remède selon Philippe de Fontaine Vive réside dans l’importance accordée à l’innovation, qui permet de sortir de ce dilemme récurent écologie / économie.
Par ailleurs, les Etats européens doivent être exemplaires sur les énergies nouvelles, comme la photovoltaïque, et maintenir les avantages financiers à de telles installations.
Le scientifique Daniel Nahon, professeur au Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement (CEREGE), préconise quant à lui de changer les habitudes culturelles, et de réduire le gap entre science (recherche) et société, et établir une passerelle dont les philosophes pourraient être la pierre d’angle, afin de bâtir une société plus responsable.
Le débat s’achève par un question-réponse trusté par des militants sectaires de « Sortir du nucléaire »… Je file déguster quelques petits fours atomiques.
Un autre forum sur le thème « Quels enjeux pour l'Europe de la culture ? » avait lieu simultanément à celui sur l’environnement, je vous invite à lire l’interview de Renaud Donnedieu de Vabres , Ambassadeur chargé de la dimension culturelle de la Présidence française de l’Union européenne, qui montre un volet humaniste de cette PFUE à venir, mais manque un peu de visibilité...
A l’issue du déjeuner, quelques interviews, dont Jean-Christophe Rufin, ambassadeur de France au Sénégal, directeur médical d'Action contre la faim (ACF) en Éthiopie, puis vice-président de Médecins sans frontières, et écrivain dans la lignée des grands reporters romanciers (Albert Londres, Joseph Kessel, Henry de Monfreid...).
Reprise des Forums, j’assiste à celui sur le thème « L'Europe va-t-elle manquer d'énergie ? ».
Jean-Pierre Jouyet rappelle en introduction que l’indépendance énergétique doit s’effectuer à la fois vis-à-vis de la Russie (gaz…Prom), du Moyen-Orient (pétrole), et des énergies fossiles (charbon, etc.).
Quelques chiffres pour illustrer ses propos :
50% des besoins énergétiques de l’Europe sont importés ;
6% de l’énergie européenne est d’origine renouvelable, objectif 12% en 2010.
32% de l’énergie électrique en Europe est d’origine nucléaire.
Le secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes précise son propos quant à la Russie : il est indispensable de mettre en place un partenariat global UE / Russie, afin de sortir de la situation actuelle, qui voit la Russie privilégier le maximum d’accords bilatéraux, car plus avantageux. Proposition excellente, courageuse, mais question épineuse car intérêts des membres de l’UE divergents & sujet éminemment politique…
Philippe Herzog, Président de Confrontations Europe, rappelle que l’idée d’une politique énergétique commune est à la fois ancienne (base de l’Europe, CECA), et récente, priorité capitale selon lui de la PFUE. Il préconise une décision globale, européenne, sur les énergies renouvelables, et pour sortir des querelles liées au nucléaire, recommande de trouver un accord sur les déchets et la sécurité (sans pour autant citer le rapport Mandil, riche de pistes en ce sens…).
Côté industriels, la grande illusion ! Bruno Bensasson, directeur de la stratégie de Suez, et Frédéric Lemoine, président du Conseil de Surveillance d'Aréva, s’avèrent très décevants... La fonction occupée par les deux intervenants me laissait présager des discours passionnants, mais ils se sont bornés à faire les VRP de leur groupe. Et mordre d’autant sur le temps de parole de Roland Lappuke, ambassadeur international de Lettonie, qui, au vu de l’emplacement de son pays et sa dépendance énergétique avait sûrement une réponse intéressante à exprimer sur le thème du Forum…
Anyway, en conclusion de cette journée, je voudrais saluer cette initiative pédagogique & citoyenne, la plupart des intervenants ont donné envie d’Europe, et nous ont fait mieux percevoir les enjeux de la PFUE.
Merci au cabinet de Jean-Pierre Jouyet pour son invitation, à Euro RSCG pour l’excellente organisation, et à la NetScouade pour la « web community management ».
D’autres évènements sur le même format sont prévus, affaire à suivre !