Bleu, très bleu ;-)
Manuel Valls se rêve en réinventeur de la gauche
Un très bon article de Libération, à l’occasion de la parution d’un livre d’entretiens (Pour en finir avec le vieux socialisme... et être enfin de gauche) avec l’incarnation de l’aile droite du PS.
Dès la première phrase de son livre, il prévient : «La gauche, on l’aime.» Et, quelques lignes plus loin, insiste lourdement : «Quand on y entre, il est presque impossible d’en sortir […] La gauche et moi, c’est à la vie à la mort.» Sans doute Manuel Valls avait-il besoin de poser d’emblée ce postulat avant de poursuivre sa démonstration. Car le député-maire d’Evry nourrit une ambition, assumée sans complexe et résumée dans le titre même de son livre d’entretiens avec le journaliste Claude Askolovitch : «Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche.»
Refondation. Manuel Valls incarne aujourd’hui, à lui seul ou presque, l’aile droite du PS. Au point de s’être attiré les foudres de nombre de ses camarades, en particulier à l’automne, au plus fort de l’activisme réformateur sarkozyste. Car s’il a décliné la proposition présidentielle d’endosser le costume d’un ministre d’ouverture, il s’était, dans la foulée, montré plutôt favorable à certaines politiques. Et persévère. Sur la réforme des retraites : «Il fallait évidemment en finir avec l’exception des régimes spéciaux.» Sur l’«incontournable» hausse des droits d’inscription universitaire. Sur la sécurité : «Oui, je suis sécuritaire, pour la sécurité de tous.»
Manuel Valls, qui s’en prend au «verbiage gauchiste de mai 1968» et se positionne contre une certaine «gauche compassionnelle», l’assure : il n’a rien d’un sarkozyste de gauche. Mais c’est bien du travail idéologique effectué par le patron de l’UMP qu’il s’inspire : «Sarkozy est le réinventeur de la droite. Et ce qui manque, en face, c’est une refondation de la gauche.» Radicale refondation, donc, rendue nécessaire par le fait que «le terrain de jeu a changé», et qui exigerait de «reprendre tout à la base. Réécrire notre déclaration de principes, bouleverser notre organisation, nous ouvrir». Sans oublier de «changer le nom de notre parti», et d’oublier jusqu’au mot même de socialisme, «devenu un mot prison, un mot qui empêche d’avancer». La preuve par la référence : Manuel Valls, qui cite volontiers Clémenceau, juge que, «plus que Chavez, plus que Castro, plus que les gauchistes ripolinés ou les nostalgiques des grands monopoles d’Etat», et même «plus fondamental que Blum et Jaurès», c’est Al Gore qui constitue un modèle pour la gauche (ah bon, je le verrai plutôt en blairiste...).
«One shot». Traitement de choc également préconisé au chapitre du parti : «Il faut en finir avec des dirigeants politiques épuisés, perclus de rivalités et de vengeances», estime Valls qui «ne croit pas au destin» de Strauss Kahn ou de Fabius. Et «s’interroge» sur Royal - «c’était un one shot. C’est raté» - comme sur Delanoë, «qui nous ramène en arrière, à sa façon». Conclusion : «Ni Royal, ni Delanoë, ni Hollande, ni Strauss-Kahn, ni Fabius, ni Aubry ne devraient être candidats à la présidentielle.»Alors qui ? Songerait-il à lui-même ? «Oui, moi, si cela devient possible.» Il est vrai que dans la France de Sarkozy, tout devient possible…
Suite des aventures dans Economie Matin, attention, titre choc :
"Le PS doit devenir le parti des entrepreneurs" (Valls) Pour tenter de faire bouger le Parti Socialiste sur le front de l’économie, le « tribun » Manuel Valls a décidé de frapper fort. Un livre provocateur, des formules chocs, l’affirmation d’une ambition personnelle –la présidence de la République, rien de moins–, la figure montante de la gauche ne se refuse rien.
Dans votre livre, Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche, vous appelez à une révolution des relations entre la gauche et l’entreprise. Provoc ou réalisme ?
Une gauche moderne doit regarder lucidement la globalisation des marchés, des services, de la communication qui touche, à la fois, les hommes et les entreprises. Ça ne veut pas dire qu’on ne doive pas défendre ceux qui sont agressés par cette globalisation. Au fond, si l’on veut la justice sociale, l’égalité réelle des chances pour tous, des services publics efficaces, il faut produire de la richesse pour mieux la redistribuer. Et qui crée la richesse ? Ce sont les entreprises !
Vous aimez les patrons, contrairement à certains leaders de gauche ?
Il y a une minorité de patrons voyous et d’exploiteurs de la misère mais la plupart des chefs d’entreprise sont remarquables. Ils se battent, sont proches de leurs salariés, font du bien à leur ville et au pays. Le PS doit donc être le parti des salariés mais aussi celui des entrepreneurs. Nous devons aussi nous adresser aux artisans, aux petits commerçants qui travaillent dur, créent des emplois et participent à l’équilibre de notre société.
C’est votre expérience d’élu local qui vous donne ce regard pragmatique sur le monde de l’entreprise ?
J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas d’alternative à l’économie de marché mais qu’on pouvait et devait l’améliorer en l’organisant, en la régulant. Effectivement, qu’Évry accueille deux grands pôles de compétitivité au plan mondial comme Medicen et System@tic Paris Région, que je travaille au quotidien avec les entreprises de mon territoire, conforte mon analyse.
Jusqu’où êtes-vous favorable aux privatisations ?
Il faut sanctuariser l’école, la culture, la santé, bien sûr, mais aussi la défense et d’une manière générale ce qui touche à l’indépendance de notre pays. Mais la concurrence et la rentabilité ne sont pas des gros mots. Tous les élus socialistes, et même les communistes pratiquent dans leur commune la délégation de service public à grande échelle. Tout dépend, en fait, de la manière dont on fait les choses. Prenons l’exemple de La Poste. On a sacrifié la mission de service public et les salariés au profit de la concurrence et des placements financiers. Voilà, typiquement, ce qu’il ne faut pas faire.
Il faudrait mieux contrôler les rémunérations des grands patrons ?
Oui, c’est indispensable. Aux États-Unis, on y parvient mieux qu’en France. Il faut mettre de l’éthique et des règles dans un capitalisme financier qui est devenu fou.
Dialogue avec YVES DERAI
* Entretiens avec Claude Askolovitch, Robert Laffont.
SOURCE economiematin.com
Encore un peu, et la gauche aura trouvé son Madelin...